20 ans après son ouverture, le musée de la musique entre dans l’âge adulte

Ouvert en 1997 dans le parc de la Villette à Paris, le musée de la musique a su conforter sa raison d’être unique dans l’offre culturelle française : faire vivre l'une des plus prestigieuses collections d'instruments du monde.

20 ans après son ouverture, le musée de la musique entre dans l’âge adulte
Un concert-promenade au sein du musée de la musique au parc de la Villette à Paris, © William Beaucardet

Laurent Bayle l’a rappelé en préambule de la conférence de presse qui avait lieu mercredi 8 novembre pour célébrer les 20 ans du musée de la musique, l’ouverture de l’établissement en 1997 n’a pas été simple. Le directeur général de la Cité de la musique - Philharmonie de Paris a retracé les différentes polémiques qui ont retardé l’ouverture du musée, 2 ans après celle de la Cité de la musique. « A l’époque, personne n’était déjà d’accord sur ce que devait être un musée de la musique. Devait-il s’intéresser à la musique ou aux instruments ? Fallait-il contextualiser ce qu’il allait présenter ? ».

Laurent Bayle a évoqué les débats violents qui faisaient rage dans les années 1990, notamment entre Pierre Boulez et le directeur de la Musique et de la Danse, Michel Schneider. Le premier, instigateur et défenseur du projet, le deuxième refusant la vision du compositeur sur le chemin que devait emprunter la musique pour s’inscrire dans le présent. Heureusement, le fait que le musée soit toujours là 20 ans plus tard et que son existence ne soit pas remise en question prouve sa raison d’être.

Pourtant, Laurent Bayle souligne que le musée n’a pas « d’entité juridique ». Il est en effet englobé dans le grand complexe qu’est la Cité de la Musique – Philharmonie de Paris et son mode de fonctionnement peut parfois poser question. « Comment concilier la vie d’un musée avec la vitalité de la musique vivante de la Philharmonie ? Voici la question qui nous anime à l’heure de fêter ce 20e anniversaire. Comment le musée peut-il conserver son autonomie dans ce projet global ? » conclut Laurent Bayle. Le musée de la musique fonctionne avec un budget de 7,4 millions d'euros, dont une masse salariale qui lui coûte 4 millions d'euros. Pour ce qui est de la gestion du bâtiment et de la sécurité, le coût est englobé dans le budget de la Cité de la musique - Philharmonie de Paris et revient à environ 7 millions d'euros, précise Laurent Bayle.

Une jeune fille découvre l'espace consacré aux luthiers du musée de la musique
Une jeune fille découvre l'espace consacré aux luthiers du musée de la musique , © William Beaucardet

Le musée peut pourtant s’enorgueillir d’une bonne fréquentation avec en moyenne 300 000 visiteurs par an. Marie-Pauline Martin, directrice de l’établissement depuis moins d’un an, souligne le fait que le musée soit passé du statut de « collection d’instruments hérité du cabinet du Conservatoire constitué à la Révolution française à un musée globalqui donne à voir et à entendre ». La directrice dresse une liste des nombreuses opérations mises en place pour rendre le musée plus vivant : les concerts-promenades, les activités pour le jeune public, les concerts donnés par de nombreux musiciens quasiment tous les jours ou encore l’audioguide, remis au goût du jour pour accompagner les visiteurs avec plus de quatre heures d’extraits sonores.

Marie-Pauline Martin souligne l’importance patrimoniale du musée de la musique, « l’une des plus prestigieuses collections d’instruments au monde » et le rôle prépondérant du laboratoire dans la recherche pour la conservation et la restauration. De nombreuses expériences y ont été menées, notamment la découverte du secret du vernis utilisé par l’illustre luthier Stradivarius, la reproduction d’instruments trop fragiles pour être joués en fac-simile ou le décryptage du code secret utilisé par les luthiers pour ne pas dévoiler la valeur des instruments les plus prestigieux.

Restauration d'un violon Stradivarius au laboratoire du musée de la musique
Restauration d'un violon Stradivarius au laboratoire du musée de la musique, © Charles d'Hérouville

Le musée de la musique a d’ailleurs réalisé de nombreuses acquisitions durant ces 20 années d’existence. 1 285 instruments ou œuvres sont ainsi entrés en possession du bâtiment du parc de la Villette, dont deux clavecins remarquables et tous deux classés trésors nationaux : l’un de Ioannes Couchet fabriqué à Anvers en 1651, l’autre conçu par Antoine Vater à Paris en 1732. En septembre 2017, le musée a ouvert un nouvel espace dédié à la guitare électrique et présente l’une des premières guitares Gibson, modèle lap-steel de 1935 ou une guitare Bussato de 1956 ayant appartenu à Georges Brassens. Plusieurs instruments électroniques ont également fait leur entrée dans les collections, notamment des synthétiseurs EMS Synthi A de 1971, type d’instruments utilisés par les Pink Floyd ou Jean-Michel Jarre.

Marie-Pauline Martin en profite pour rappeler que la plupart des instruments de la collection sont faits pour être joués, dans la mesure du possible. En effet, ceux qui sont encore en état d’être joués doivent l’être dans l’enceinte du musée qui seule peut garantir une température et une hygrométrie rigoureusement calculées.

Enfin, le musée joue la carte de l’ouverture en augmentant le nombre d’expositions temporaires présentées chaque année. Jouant sur plusieurs tableaux, les visiteurs pourront en découvrir deux nouvelles par an dans la lignée de celles organisées sur Chopin, Beethoven, Boulez, Barbara, Bowie Miles Davis ou la musique Jamaïcaine. L’établissement présentera dorénavant une exposition par an mettant en regard la photographie et la musique dont la prochaine édition présentera l’œuvre et la vie d’Etienne Daho à travers plus de 200 clichés.