1er avril : la musique classique ne manque pas d’humour

Mis à jour le vendredi 01 avril 2016 à 09h48

Souvent dite sérieuse et/ou savante, la musique classique n’en est pas moins dénuée d’humour. Pastiches, caricatures, parodies… partons à la découverte des (bonnes) blagues musicales.

1er avril : la musique classique ne manque pas d’humour
©HiyaImages/Corbis

L’histoire de la musique est pleine d’humour et de traits d’esprit. Bien sûr, on pense d’abord naturellement aux opérettes (dont deux beaux exemples, Le Roi Carotte d’Offenbach etLes Chevaliers de la Table Ronde d’Hervé, sont disponibles en replay sur Culturebox), parfois aussi aux bons mots de certains compositeurs, dontClaude Debussy revêtant la plume de Monsieur Croche : « Wagner : un beau coucher de soleil que l’on a pris pour une aurore… ».

Au-delà de l’humour immédiat ou de la musique chantée qui cherche à provoquer le rire du public, on trouve également toutes les petites touches d’esprit, surprises et pastiches. « La Surprise », c’est justement le surnom donné par un journaliste londonien à la Symphonie n°94 de Joseph Haydn . Espiègle, le compositeur inséra dans l’andante de sa symphonie un coup de timbale pour, dit-on, réveiller les dames assoupies. Composée à Londres en 1791, l’œuvre ne manque pas de surprises diverses et variées : parce que Haydn bouleverse l’image - paisible – de son travail à grands coups de timbales, parce qu’il se joue des codes de la symphonie, sur lesquels il a tant travaillé.

Humour de soi, humour de l’autre : si Haydn s’amuse de sa propre musique, de nombreux autres compositeurs optent pour le pastiche, imitation ou évocation du style d’un autre compositeur parfois non dénuée d’ironie. C’est le cas d’Emmanuel Chabrier dans les Souvenirs de Munich (1885-86) et de Gabriel Fauré et André Messager dans les Souvenirs de Bayreuth (1888). Deux pastiches d’œuvres de Richard Wagner: les Souvenirs de Munich parodiant Tristan et Isolde, alors que ceux de Bayreuth s’attachent à la Tétralogie. Dans un cas comme dans l’autre, les compositeurs renversent le drame wagnérien en une fantaisie légère et dansante, s’amusent de la popularité des airs d’opéras en les travestissant.

La « Wagner mania » était propice au pastiche des airs connus, mais cette mode ne plaisait pas à tout le monde comme en témoigne, non sans sarcasme, Claude Debussy : « On peut remarquer facilement que l’on n’entendit jamais « siffler » du Bach… Cette gloire buccale n’aura pas manqué à Wagner : sur le boulevard, à l’heure où sortent les prisonniers de luxe des maisons d’arrêt musicales, il arrive d’entendre allègrement « siffler » La Chanson du Printemps ou la phrase initiale des Maîtres chanteurs. » (La Revue blanche, 1er mai 1901).

Et lorsque pasticher un compositeur ne suffit plus, on peut s’attaquer à un style musical en entier. En 1956, Gerard Hoffnung commande à Sir Malcolm Arnold une ouverture absurdement pompeuse pour les Hoffnung Concerts qu’il organisait au Royal Festival Hall de Londres. De cette commande naît Grand, grand overture : une plaisanterie musicale pour orchestre et quatre fusils de chasse, une cireuse et trois aspirateurs, le tout en l’honneur du président américain Herbert Hoover. Petit trait d’esprit : l’œuvre fut reprise en 2009 lors de la très prestigieuse dernière nuit des BBC Proms à la suite du – naturellement pompeux - Land of Hope and Glory d’Elgar…

Musicien, mais surtout caricaturiste et humoriste, Gerard Hoffnung lia musique et humour jusqu’à sa mort prématurée en 1959. Il forme d’ailleurs, avec le comédien et pianiste Victor Borges et l’acteur et humoriste Dudley Moore, une sorte d’école anglo-saxonne du rire musical. Ce dernier s’illustra notamment dans une inoubliable parodie de Beethoven, une sonate sur le thème de la musique du Pont de la Rivière Kwaï . Quant à Victor Borges, on se souviendra particulièrement de ses prestations comiques au piano, comme laRhapsodie hongroise n°2 de Liszt.

Quand il s’agit de rire en musique, les Français ne sont pas en reste. Un programme chanté ? C’est le Parti d’en rire de Francis BlancheetPierre Dac, dont « l’hymne sera sans doute célèbre un jour, musicalement parlant, sous le titre de Boléro de Ravel ». Maurice Ravel ne fut d’ailleurs pas le seul compositeur à faire l’objet d’une réappropriation par le duo comique : en témoigne la fameuse Pince à linge chantée par les Quatre Barbus .

Un voyage dans le monde humoristique de la musique, ou dans le monde musical de l’humour, à retrouver dans une playlist :

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