10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le Boléro de Ravel

Mis à jour le mardi 03 mai 2016 à 07h58

Le Boléro de Ravel est sans doute l’une des œuvres les plus célèbres de l’histoire de la musique. Et comme toute célébrité, l’œuvre est chargée d’histoires et d’anecdotes…

10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le Boléro de Ravel
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On dit du Boléro de Maurice Ravel qu’il fait partie des pièces de musique classique les plus jouées, et qu’une exécution débute toutes les quinze minutes à travers le monde. Une chose est sûre, elle figure en bonne place dans le palmarès des dix œuvres les plus jouées hors de France selon la Sacem, et ce alors que son entrée dans le domaine public libère les interprètes français de ses ayants droit.

Tout le monde - ou presque - connaît le Boléro, mais sait-on qu’il faillit ne jamais voir le jour ? Que George Lucas pensa en faire le thème principal de Star Wars ? Qu’il fait partie des titres musicaux les plus écoutés pendant les rapports sexuels ?

1- Il a bien failli ne jamais exister

En 1927, Ida Rubinstein commande un “ballet de caractère espagnol ” à Maurice Ravel, mais le compositeur n’a pas encore en tête le Boléro. Dans un premier temps, il envisage d’orchestrer six pièces extraites d’Iberia d’Albéniz. Problème : les droitsd'Iberia sont la propriété exclusive de son ancien élève Enrique Arbos. Quand on connaît l’imbroglio des droits du Boléro jusqu’à ce jour, on ne peut que souligner l’ironie du commentaire que Ravel fit face à cette question du copyright : “Ces lois sont idiotes ”.

Lorsqu’Enrique Arbos proposa à Ravel d’abandonner les droits, le compositeur était déjà passé à autre chose. Un projet simple, selon ses propres mots : “un thème qui ne va pas durer une minute mais que je vais répéter jusqu’à 18 minutes en comptant ”. Voici le Boléro.

2- Un ballet pour Ida Rubinstein

A force de l’entendre en version de concert, on finit par oublier que le Boléro est une musique de ballet. C’est d’ailleurs la danseuse russe et icône de la Belle Époque Ida Rubinstein qui commanda l’œuvre à Ravel. Elle souhaite un ballet d’inspiration espagnole, le compositeur finit - après quelques détours - par lui offrir le Boléro, danse espagnole à trois temps apparue au XVIIIe siècle.

Créé le 22 novembre 1928 à Garnier, le Boléro est dansé par Ida Rubinstein incarnant une danseuse flamenco qui ne laissa pas le public indifférent. Par la suite, les chorégraphes ne délaissent pas l’œuvre : si on garde surtout en tête le travail de Maurice Béjart (1961) immortalisé par Claude Lelouch dans le film Les Uns et les Autres, n’oublions pas pour autant Serge Lifar(1941), Michel Fokine(1935) ou encore Thierry Malandain (2001).

3- Ravel versus Toscanini

ravel vs toscanini
ravel vs toscanini

Ravel ne plaisantait pas avec l’interprétation de son Boléro. Le grand chef Arturo Toscanini en fit les frais en mai 1930 : après avoir dirigé l’œuvre deux fois plus vite que ne le voulait le compositeur, ce dernier refusa de serrer la main au chef d’orchestre. Toscanini dit alors à Ravel “vous ne comprenez rien à votre musique. Elle sera sans effet si je ne la joue pas à ma manière ”, ce à quoi Ravel aurait répondu “Alors ne la jouez pas ”.

Pour le sens de la répartie et le fait que l’histoire donne raison au compositeur : Ravel : 1 - Toscanini : 0.

4- Ravel a-t-il vraiment enregistré son Boléro ?

Le premier enregistrement du Boléro est attribué à Maurice Rave l lui-même, à la tête de l’orchestre des Concerts Lamoureux, préparé par Albert Wolff. Pourtant, quelques années avant sa mort, Albert Wolff déclara qu’il était lui-même à la baguette pour cet enregistrement. Selon le chef d’orchestre et musicologue Jean-François Monnard, l’ancien chef des Concerts Lamoureux a bien enregistré l’œuvre à la place de Ravel, omettant au passage que l’orchestre avait été préparé par Pedro de Freitas Branco.

Quoi qu’il en soit, il semblerait surtout que le tout premier enregistrement du Boléro vienne du chef milanais Piero Coppola, sous le contrôle du compositeur.

5- Une oeuvre raillée par son auteur

Si le Boléro assura à Maurice Ravel un succès planétaire, le compositeur ne manquait pas de railler sa composition. Alors qu’une personne aurait crié “Au fou !” le soir de la création, le compositeur aurait murmuré “Celle-là, elle a compris ”. Et surtout, restent les paroles rapportées : “Mon chef-d’oeuvre ? Le * Boléro, voyons ! Malheureusement, il est vide de musique”, “Mon Bolérodevrait porter en exergue : “enfoncez-vous bien cela dans la tête...”, sans oublier un “n’importe quel élève du Conservatoire devait, jusqu’à cette modulation-là, réussir aussi bien que moi ”.

Son élève Manuel Rosenthal ne s’y trompait pas, lorsqu’il dit à Ravel “au fond le Boléro, vous en dites du mal. Mais qui voyez-vous qui aurait pu le faire à votre place ?” ce à quoi le compositeur répondit “n’importe qui peut le faire, c’est question de travail et de métier …”.

6- Un Boléro “musico-sexuel”

Maurice Ravel lui-même aurait reconnu que son œuvre revêtait un caractère “musico-sexuel ” et, de fait, le célèbre crescendo, de par sa mécanique répétitive et lancinante, est bel et bien subversif. La plupart des chorégraphes qui s'emparent de la pièce ne s’y trompent d’ailleurs pas… et les réalisateurs de films non plus : l’œuvre est très souvent utilisée pour illustrer l’érotisme d’une situation.

Selon une étude commandée par le site d’écoute en ligne Spotify, le Boléro est d’ailleurs la 3e pièce musicale la plus écoutée pendant les rapports sexuels, juste derrière la bande originale de Dirty Dancing et *Sexual Healing * de Marvin Gaye.

7- L’oeuvre la plus jouée au monde ?

Le Boléro de Ravel occupe la première place du classement mondial des droits versés par la Sacem (Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique) jusqu’en 1993, et figure toujours en bonne place aujourd’hui. Une belle manne financière pour les ayants droit polémiques, et surtout un véritable succès intemporel : 73% des Français interrogés en 2008 disaient l’avoir déjà entendu.

8- George Lucas pensa en faire le thème musical de Star Wars

Avant d’engager le compositeur de musiques de films John Williams, le réalisateur de Star WarsGeorge Lucas voulut, comme Stanley Kubrick dans 2001, l’odyssée de l’espace, utiliser des pièces de musique classique. Et c’est ainsi que, lors du premier visionnage du film sur grand écran, l’acteur Anthony Daniels(C3PO dans le film) témoigne que “la bande originale comportait encore le Boléro de Ravel ”.

9- Les millions du Boléro

L’histoire des droits d’auteurs est rocambolesque, mêlant fais divers, conflit d’intérêt, lobbying, et même sociétés offshore au Panama… Elle démarre à la mort de Maurice Ravel, le 28 décembre 1937, et ne prend que partiellement fin avec l’entrée du Boléro dans le domaine public, le 1er mai 2016. Partiellement, car l’œuvre reste toujours protégée dans de nombreux pays (dont les Etats-Unis, et ce jusqu’en 2024), mais aussi car de nombreux points d’ombre subsistent quant aux bénéficiaires desdits droits, dont le montant s’élèverait à pas moins de 46 millions d’euros entre 1970 et 2006. Une enquête revient sur cette incroyable histoire, à compléter par une première approche des droits d'auteur.

10- L’œuvre classique la plus reprise ?

Le Boléro de Ravel n’est peut-être pas l’œuvre classique la plus reprise, au regard notamment de la 9ème symphonie deBeethoven ou Dans l’antre du roi de la montagne de Grieg, mais elle figure néanmoins en excellente position. Du jazz (Benny Goodman) au rap (Saïan Supa Crew) en passant par la musique électronique, la variété française ou le mambo, on dénombre des dizaines de reprises (dont les meilleures sont à retrouver dans une sélection spéciale).

Parmi ces reprises, celle de Frank Zappa en 1991 fit grand bruit : la maison d’édition Durand, qui édite le Boléro, s’opposa à la commercialisation du disque, contraignant l’artiste à les retirer du marché. Le cas n’est pas isolé ; en 1970, le groupe de rock James Band auquel appartient Joe Walsh (futur membre des Eagles ) sort un disque intitulé James Gang Rides Again, sur lequel figure la chanson The Bomber : Closet Queen / Boléro / Cast Your Fate to the Wind, qui reprend le Boléro. Là encore, les ayants droit s’opposent à cette reprise, et le disque est retiré de la vente.

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