Philharmonie de Paris : une première année couronnée de succès

le mercredi 20 janvier 2016
bilan philharmonie
La Philharmonie de Paris conçue par Jean Nouvel et implantée dans le parc de la Villette. (© MaxPPP)

Un an après avoir ouvert ses portes, la Philharmonie de Paris dresse un premier bilan très enthousiasmant. 1,2 millions de visiteurs se sont rendus dans le complexe musical du nord-est parisien, c'est 400 000 personnes de plus que prévu.

On peut dire que la Philharmonie de Paris revient de loin. Peu de monde semblait croire à sa réussite quand le chantier a démarré. Une salle trop excentrée dans un quartier populaire et qui n'attirerait personne, un coût exorbitant avec de nombreux dérapages budgétaires, un bâtiment terminé à la va-vite dont l'architecte Jean Nouvel a même boycotté l'inauguration.

Et pourtant, malgré toutes ces polémiques, Laurent Bayle, président de la Philharmonie et porteur du projet a su démontrer à ses détracteurs qu'il avait raison. 1,2 millions de visiteurs en une année seulement, c'est une augmentation de 65% de la fréquentation par rapport à l'époque où la Cité de la musique gérait la salle Pleyel.

"Ce que l'ancienne Cité de la musique ne pouvait pas produire seule avec le Conservatoire national supérieur de musique et de danse pour une question d'échelle, l'arrivée de la Philharmonie est peut-être en train de le réaliser en redonnant un sens et une profondeur à ce parc de la Villette. Cela va devenir un des pôles d'attractivités centraux de la capitale" affirme Laurent Bayle. 

Sur 1,2 millions de visiteurs, la moitié a assisté à des concerts, 400 000 personnes ont visité soit le musée de la musique, soit l'une des expositions temporaires : la plus fréquentée a été celle consacrée à David Bowie avec 200 000 personnes. Et chiffre encore plus impressionnant, le nombre de personnes ayant assisté à une activité éducative : un peu plus de 150 000. Des enfants, des adolescents, des jeunes et des adultes qui pour la plupart ont eu une pratique instrumentale collective au sein de la Philharmonie.

Laurent Bayle et ses équipes se sont appuyés sur les statistiques recueillies lors du temps où la CIté de la musique gérait la Salle Pleyel pour les comparer à celles d'aujourd'hui. On y observe un rééquilibrage du public, plus à l'image de la sociologie parisienne et francilienne. Avant l'ouverture de la Philharmonie, le public de la salle Pleyel était composé à 60% de parisiens intra-muros, et les deux-tiers du public habitait l'ouest parisien. Depuis l'ouverture, 48% du public seulement vient de Paris intra-muros et les parisiens du nord et de l'est représentent désormais 42%.

La part des habitants de la proche banlieue est de 31%, et 19% d'entre eux viennent de la Seine-Saint-Denis contre 13% avant l'ouverture. Proportion également intéressante, celle des personne provenant de province et de l'étranger : 21% du public contre 10% seulement auparavant. Un succès qui s'explique par plusieurs facteurs selon Laurent Bayle.

"Il y a l'effet nouveauté, la qualité exceptionnelle de la grande salle, les nouveaux publics et les mélomanes sont éblouis par l'acoustique et l'expérience sonore, le modèle culturel et artistique qui entrecroise les concerts, les expositions, les ateliers et qui remportent un grand succès auprès des nouveaux publics du week-end. Le croisement de tous ces facteurs expliquent que l'implantation à la Villette, qui apparaissait comme une folie pour certains, est au contraire vécue comme une qualité et un modèle du futur." 

Le talon d'achille de la Philharmonie, c'est sa fragilité économique. Avec un budget de 33 millions d'euros dont moins de la moitié provient de subventions de la ville de Paris et de l'Etat, l'institution doit compter sur sa billetterie et sur le mécennat. Et pour que cet équilibre persiste, il faut que les salles se remplissent. Pour l'instant pas d'inquiétude de côté là avec un taux de remplissage de l'ordre de 95%, et même 97% pour la grande salle de la Philharmonie. Mais pour que cela perdure, il faudra être vigilant estime Laurent Bayle. 

"Le problème principal rencontré par toutes les salles de musique classique, c'est que leur prestige renvoit à quelque chose d'étroit. Ce n'est que du prestige de grand professionnalisme mondialisé. Et ici à la Philharmonie, nous allons à un moment donné rencontrer cette problématique. Nous allons nous historiciser, nous institutionnaliser. C'est là qu'il faudra faire attention. La question des nouveaux publics n'est jamais acquise. Nous devons toujours avoir un coup d'avance". 

C'est pour cela que Laurent Bayle a fixé le cap de la création de 30 orchestres intégrés au projet Demos d'ici à 2018. Des orchestres d'enfants issus de quartiers défavorisés partout en France et également en outre-mer. "A la place du prestige, nous substituons un autre type de réussite. Et c'est grâce à cela que nous pouvons attirer les plus grands orchestres du monde. Ils veulent venir à Paris parce qu'il y a un contexte qui est capable de relier ce que les usages de la vie de tous les jours divisent continuellement : les couches sociales, les pratiques, etc.

La toute jeune Philharmonie a, semble-t-il, encore de beaux jours devant elle. Laurent Bayle promet d'ailleurs que la façade devrait enfin être terminée à la mi février. Il veut d'ailleurs tendre la main à Jean Nouvel pour qu'il repense certains espaces. Et outre les très beaux concerts programmés cette saison, ne ratez pas l'exposition Chagall qui ferme ses portes à la fin du mois. La prochaine sera consacrée au Velvet Underground, ouverture le 30 mars.

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