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La santé des festivals de musique cet été 2015

le lundi 22 juin 2015
carte des festivals en danger

Jean-Baptiste Urbain fait le point sur la santé des festivals d'été consacrés à la musique : quel budget, quelle pérennité ? Reportage, et réactions de Bénédicte Dumeige, directrice de France Festivals.

C’est l’été, la saison des festivals démarre. Aix et Avignon, les plus célèbres, dès la semaine prochaine. Mais, au total, ce sont plus de 3000 manifestations que l’on recense dans le pays.

Mais cette année, plusieurs d’entre eux ont disparu. Les festivals sont-ils menacés par la crise ? Par la baisse des dotations publiques ? Par les changements de majorité politique ? On s’était posé la question au printemps. On fait le point ce matin.

Notre invitée est Bénédicte Dumeige. Elle dirige le réseau France Festivals qui regroupe une centaine d’événements musicaux classique, jazz et musiques du monde. Elle-même a dirigé pendant dix ans le « Septembre musical de l’Orne ».

L’hécatombe crainte a-t-elle eu lieu ?

Si l’on s’en tient  aux chiffres, selon la Sacem (Société des Auteurs, Compositeurs, et éditeurs de musique), 50 festivals auraient disparu depuis un an. Mais, répond la ministre de la Culture Fleur Pellerin, dans le même temps, 44 nouvelles manifestations auraient vu le jour.

Dans le Journal du Dimanche daté du 21 juin, Emmanuel Négrier, chercheur au CNRS et auteur d’une étude sur la mutation des Festivals de musique, explique que « c’est la 1ère fois depuis longtemps, que ce ratio entre les festivals créés et annulés est en effet négatif ».

Au début de l’année, une médiatrice culturelle du Nord de la France, Emeline Jersol, a lancé sur Internet une « cartocrise » sous titrée « culture française, tu te meurs ». Il s’agit d’une carte qui recense, de façon interactive, les Festivals annulés ou supprimés. Elle y ajoute les associations et toutes les structures culturelles qui ont disparu. Le résultat est saisissant : 200 disparitions. Une carte sur laquelle on trouve, pêle-mêle, Paris cinéma, le Festival de musique classique de Strasbourg, les Voix du Gaou, Musik’eles à Meux, Consonance à Saint-Nazaire, ou encore Calvi Jazz Festival.

Est-ce le désengagement de l’Etat qui est en cause ?

C’est le facteur principal. L’Etat baisse ses dotations aux collectivités locales (ville, département, région) qui du coup baissent ou suppriment carrément leurs aides. Et ce n’est qu’un début. Entre 2015 et 2017, l’Etat va baisser de 11 milliards d’euros ses dotations aux exécutifs locaux. C’est ce qui a eu raison du festival de chansons Musik’elles, à Meaux, en région parisienne, par exemple.

Et partout, ou presque, on observe des baisses de subvention, même si les festivals s’abstiennent de le relever, par crainte de fâcher la collectivité qui continue, malgré tout, de les aider.

Mais ce n’est pas la seule raison : il y a aussi les changements de majorité. Ils ont été nombreux, l’an dernier, dans les municipalités. Un maire peut décider qu’un festival est élitiste. Et choisir d’en créer un autre à la place. C’est ce qui se passe à Bayonne. Le nouveau maire centriste a supprimé sa subvention aux Translatines, un festival de théâtre. A la place, la ville aide au lancement d’un festival de sport.

Enfin, il y a aussi les mauvaises gestions des organisateurs de festival. C’est l’une des raisons qui a conduit par exemple le Printemps des Arts de Nantes, festival de musique baroque membre de France Festivals, à baisser le rideau cette année après 30 éditions.

Comment voit-on l’avenir ?

Quelques nuages s'annoncent à l’horizon, avec notamment la fusion des régions d’ici à 2020. Comment les nouvelles super collectivités locales créés vont-elles mener leur politique culturelle ? Voilà une question qui ne laisse pas les dirigeants de festival indifférents.

En parallèle, les coûts augmentent : les coûts de fonctionnement, comme dans toute la vie culturelle en général, et aussi les cachets des artistes, avec la concurrence des Etats-Unis et de l’Europe de l’Est, où certains annonceurs, comme le tabac et l’alcool, peuvent plus facilement faire de la publicité.

Certains Festivals ont déjà mis en place de nouveaux modèles comme les Eurockéennes de Belfort. Depuis plusieurs années, 75% du budget provient de la billetterie et du mécénat. Mais encore faut-il que le festival ait une envergure médiatique suffisante. Et c’est bien là l’une des questions en filigrane, un peu tabou. Avec 3000 événements annuels sur tout le territoire, y a-t-il trop de festivals en France ? 

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