Le concert classique est-il has been ?

le 24 Octobre 2014
Jonny Greenwood & London Contemporary Orchestra en concert au Roundhouse à Londres © Atherton-Chiellino, Roundhouse
Jonny Greenwood & London Contemporary Orchestra en concert au Roundhouse à Londres © Atherton-Chiellino, Roundhouse

Avez-vous déjà essayé de savoir pourquoi il y a tant de personnes que rien n'attire dans une salle de concerts classiques ? Pour y répondre, le chef d'orchestre suisse Baldur Brönnimann avance dix points à changer d'urgence. Et vous, qu'en pensez-vous ?

Pourquoi, en dépit des concerts pédagogiques, des ateliers en classe proposés par les musiciens, des avant-concerts explicatifs, des concerts en famille, des programmes de concert fournis, illustrés, documentés, une politique tarifaire favorable aux jeunes, des affiches ou campagnes publicitaires « dépoussiérées »…et j’en passe,  un événement « classique » mais populaire, prenons l'exemple de la Folle journée de Nantes, voit défiler au final majoritairement le même public qui se retrouverait par ailleurs dans n’importe quelle salle de concerts ?
 
Le ver est dans le fruit, répond le jeune chef suisse Baldur Brönnimann dans un récent article posté sur son blog. Il est urgent de repenser le concert classique dans sa globalité : le contexte, le rituel, le code vestimentaire, jusqu’à l’esprit même sur la scène. Baldur Brönnimann propose un lifting intégral en dix points. Qu’en pensez-vous ?

1. « Le public devrait pouvoir applaudir librement entre les mouvements » 
Voici un rite initiatique discriminatoire au plus haut point : si vous êtes novice, il est fort probable que vous aurez envie d’applaudir quand la musique s’arrête. Or, les initiés seront nombreux à vous fustiger du regard…espèce d’ignare, c’est la fin du premier mouvement…N’ayez crainte : la pratique d’attendre la fin d’une œuvre cyclique, composée de plusieurs mouvements, est récente dans l’histoire de la musique : c’est Gustav Mahler qui l’a introduite il y a une centaine d’années seulement...
 
2. « Les orchestres devraient s’accorder avant d’entrer en scène »
Baldur Brönnimann estime que la cacophonie que provoque l’accord de l’orchestre avant d’attaquer la première œuvre au programme, gâche l’expérience auditive. Mais du point de vue purement pratique, est-ce faisable pour un orchestre symphonique de 80 musiciens, de s’accorder dans les loges, avant de s’installer sur la scène ?
 
3. « On devrait pouvoir utiliser les téléphones portables (en mode silencieux) »
Tweeter, prendre des photos ou enregistrer sans déranger le concert, pour pouvoir partager ses impressions en temps réel sur les réseaux sociaux…si cette « sociabilité virtuelle » fait désormais partie de notre quotidien, elle devrait être une option également dans un concert de musique classique…ou pas ?

4. « Les programmes devraient être moins prévisibles »
A la différence d’un concert de jazz ou de rock, les œuvres promises sur le programme sont les œuvres jouées. Baldur Brönnimann croit en l’effet surprise : un programme annoncé de façon elliptique ouvre l'interprète et le spectateur à la spontanéité de l’instant.

5. « On devrait pouvoir introduire les boissons dans la salle »
Si le spectateur d'un concert de musique pop a le droit de le faire, pourquoi ne pas l’autoriser dans une salle classique ? Cela éviterait qu’on avale en toute vitesse notre verre après avoir passé pratiquement tout l’entracte à faire la queue au bar…
 

Jonny Greenwood,compositeur et guitariste de Radiohead, défend le concept des "gigs classiques" avec le London Contemporary Orchestra : "Nous organisons des concerts un peu plus détendus. Les gens sont debout au bar et nous jouons sur la scène les oeuvres qui nous inspirent sur le moment."

6. « Les artistes devraient librement échanger avec le public » 
Actuellement optionnelle, cette pratique devrait devenir systématique : les interprètes devraient saluer le public et présenter le programme, afin de créer un lien. Et les salles, permettre l'accès aux loges après le concert, au lieu de l'empêcher.
 
7. « Les orchestres ne devraient plus monter sur la scène en frac » 
En effet, cela est de moins en moins le cas de nos jours, mais un certain code vestimentaire persiste... il faudrait aussi l’appliquer sur le public - pas de peaux de bête et pierres précieuses, s’il vous plaît, c’est terriblement has been..
 
8. « Les concerts devraient être plus  family friendly »
Cette expression est effectivement le reflet de ce qui arrive souvent aux parents qui veulent faire découvrir l’univers de la musique classique à leurs enfants, mais pas forcément dans un cadre « jeune public ». Je ne vous apprends rien si je vous parle de l’extrême nervosité du parent qui essaye d’anticiper le moindre battement de cils de l’enfant pour ne pas déranger le voisin, et qui se retrouve obligé de gérer tant bien que mal la difficulté d’étouffer les commentaires à haute voix du petit qui finissent fatalement par polluer le silence sacro-saint du concert classique. Là-dessus, je suis radicale : et pourquoi pas ? Après tout, s'il y en a certains qui ronflent, pourquoi s'insurger contre les commentaires des enfants ? Dans la mesure où les parents peuvent quitter facilement la salle si l'enfant ne peut plus rester attentif, même un concert symphonique devrait être accessible aux familles...
 
9. « Les salles de concert devraient s’appuyer davantage sur les nouvelles technologies » 
Nous sommes effectivement dans une société dominée par l’image. L’expérience d’un concert classique passe aussi par la possibilité de voir les musiciens jouer. Pourquoi ne pas donner la possibilité d’en profiter à tout le monde, y compris à ceux placés loin de la scène, par le biais des écrans installés dans la salle ? Ou réfléchir aux contenus multimédia complémentaires, disponibles au téléchargement avant et pendant le concert ? Ou tout simplement, optimiser l’écoute en rajoutant une sonorisation dans les salles plus difficiles du point de vue acoustique.
 
10. « Chaque programme devrait mettre en valeur une œuvre contemporaine » 
C’est une évidence - « le fétichisme du passé » est doublement nocif au monde de la musique classique : il exclut la création contemporaine et enferme le spectateur dans un répertoire dissocié de son contexte. Or, pour maintenir la musique vivante, il faut continuer à éduquer les oreilles et à encourager la curiosité et la découverte. 

article le + consulté

Satie
Actu musicale
10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur Erik Satie