Une nouvelle salle de concert à Londres ?

le 27 Février 2015
(©MaxPPP)
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En concert à Londres avec l’Orchestre philharmonique de Berlin, Sir Simon Rattle a ouvert le débat sur la nécessité pour la capitale britannique de se doter d’une nouvelle salle de concert.

Les médias britanniques espéraient ouvrir la question du retour de Sir Simon Rattle au pays, mais la brèche s’est ouverte sur un plus vaste débat, à l’initiative du chef d’orchestre : la ville de Londres doit-elle se doter d’une nouvelle salle de concert ?
 
Alors que son contrat avec l’Orchestre philharmonique de Berlin prend fin en 2018, et que la rumeur le dit proche de l’Orchestre symphonique de Londres (le célèbre LSO dont le chef Valery Gergiev part à Munich cette année), Simon Rattle soumettrait son retour à la construction d’une nouvelle salle. En cause, cette déclaration du chef d’orchestre au micro de la BBC :

« Les mélomanes londoniens et le pays tout entier méritent d’avoir un endroit où les orchestres peuvent s’épanouir (…). Vous ne pouvez pas savoir à quel point une formation comme l’Orchestre symphonique de Londres sonne magnifiquement dans une grande salle de concert »

Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette déclaration n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Depuis près de deux semaines, les quotidiens britanniques The Guardian, The Telegraph, The Independent, The Times… réagissent presque chaque jour, apportant de nouvelles informations et, surtout, de nouveaux arguments pour ou contre ce projet de nouvelle salle. Deux de ces arguments se retrouvent dans la plupart des articles : le premier souligne la richesse de la capitale en salles de concerts (Royal Festival Hall, Barbican, Royal Albert Hall, pour ne citer que les plus importantes) lorsque le second questionne le coût d’un tel projet. L’enthousiasme de la presse britannique se fait attendre : « Qui payera pour une nouvelle salle de concert clinquante pour Sir Simon Rattle ? » titre The Independent, « Désolé, Simon, Londres n’a pas besoin d’une autre salle de concert » peut-on lire dans le Telegraph, « Simon Rattle agite sa baguette pour une mauvaise cause » dans le Guardian

Vue extérieure du Royal Albert Hall
Vue extérieure du Royal Albert Hall

Mais l’avis de la presse a finalement peu de poids face au maire de Londres Boris Johnson et au chancelier George Osborne. Le 20 février dernier, le chancelier de l’Echiquier a annoncé lors d’un discours à la Tate Modern qu’il financerait une étude de faisabilité pour « donner à Londres une salle de renommée internationale comparable à celles d’autres villes majeures à travers le monde ». Même son de cloche pour le maire de Londres : « nous avons entendu l’appel de Sir Simon Rattle (…) l’étude de faisabilité nous permettra de comprendre pleinement le potentiel pour construire ce centre et contribuer à consolider notre position de ville mondiale pour la culture ».
 
Est-il question de maintenir son rang face à Paris et à sa toute nouvelle Philharmonie ? Forte est la rivalité entre Paris et Londres pour la place de « capitale culturelle » de l’Europe. L’an passé, la capitale britannique se targuait d’être devenue la première destination touristique au monde (objet d’une véritable guerre de chiffres). Mais cette rivalité est aujourd’hui officiellement atténuée par les nouveaux échanges entre le maire de Londres Boris Johnson et la maire de Paris Anne Hidalgo, dont l’exposition David Bowie is… programmée au V&A Museum de Londres et reprise à la Philharmonie de Paris est un exemple.  
 
Reste la question du financement du projet – estimé à 250 millions de livres sterling - et, si la construction trouve un financeur privé, le coût de son fonctionnement. Certains journalistes pointent du doigt des disparités : les dépenses publiques pour la culture représentaient en 2013 69 livres sterling par habitant à Londres, contre 4,50 livres sterling dans le reste du pays. D’autres rappellent les difficultés rencontrées par l’English National Opera, qui ne bénéficie pas d’une salle de la taille de Glyndebourne, et d’ironiser « mais le ENO n’a pas l’éclat de Sir Simon ».
 
Enfin, comme le note Ivan Hewett dans le Telegraph, pas un seul compte-rendu sur la série de concert de l’Orchestre philharmonique de Berlin au Barbican Center ne fait état de problème acoustique… Même si le rendu devait être différent dans la Philharmonie de Paris, où l’orchestre se produisait le 18 février dernier. Quant à l’Orchestre symphonique de Londres, il faudra attendre juin prochain pour l’entendre « sonner » dans la nouvelle salle parisienne. La phalange londonienne viendra-t-elle alors – aussi -  pour un stage d’observation ? 

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