Où sont les femmes dans la musique classique ?

le 02 Octobre 2013, mis à jour le 27 Mars 2014 à 12:08

Pour la deuxième année consécutive, la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques) publie son enquête intitulée « Où sont les femmes ? », qui pointe la sous-représentation des femmes dans la culture et plus précisément dans le secteur musical où elles représentent moins de 10% de la programmation.

Mais « où sont les femmes » ? A l’instar de Patrick Juvet qui le chantait dans les années 1980, la SACD se pose elle aussi la question : où sont les femmes dans la culture ? La Société des auteurs et compositeurs dramatiques recense pour la deuxième année consécutive le nombre de femmes présentes dans le spectacle vivant occupant un poste un responsabilité. Et pour la deuxième fois, le constat n’est toujours pas satisfaisant, loin de là.

Par exemple, sur la saison 2013-2014, seules 17 femmes dirigeront un orchestre lors des 574 concerts prévus dans les différentes salles de France. Ou encore, sur les 19 opéras programmés à l'Opéra National de Paris cette année, aucun ne sera mis en scène par une femme. Les festivals ne sont pas épargnés, avec parmi les mauvais élèves, celui de la Chaise-Dieu qui n’a programmé qu'une seule femme chef d’orchestre sur la trentaine de concerts de son édition 2013.

Au total, la programmation féminine dans le secteur musical est de 10% environ, tous postes confondus. Un chiffre qui laisse perplexe quand on sait qu'en moyenne, les conservatoires sont composés à 50% au moins de femmes. Alors que deviennent-elles? Pourquoi ne les retrouve-t-on pas dans les programmations ?

Pour Bruno Mantovani, directeur du Conservatoire National Supérieur de Paris, la majorité des élèves féminines ne seraient tout simplement pas intéressées par la carrière de chef d'orchestre, un métier qu'il juge incompatible avec une vie de famille et qui demande beaucoup d'efforts physiques.


Ces arguments censés expliquer le peu de femmes visibles dans des postes à responsabilité dans la musique classique sont assez fréquents chez les hommes qui en occupent un. Récemment, le chef d'orchestre russe Vasily Petrenko a suscité la polémique en déclarant que les musiciens « réagissent mieux quand ils ont un homme devant eux » parce qu'une « jolie fille sur le podium les distrait ».

Laurence Equilbey n'a de cesse de combattre ce type de propos. Elle est l'une des rares femmes chef d'orchestre à s'être imposée en France. On peut également citer Claire Gibault ou Emmanuelle Haïm mais elles ont toutes les deux dû créer leur propre orchestre pour pouvoir diriger. Seule exception avec la finlandaise Susanna Mälkki à la tête de l'Esemble Intercontemporain jusqu'en septembre dernier, même s'il ne s'agit pas d'un orchestre symphonique au sens strict du terme.

Laurence Equilbey estime que le gouvernement doit être plus ferme dans sa volonté d'atteindre la parité.

Même si le nombre de femmes dans le milieu musical a sensiblement augmenté ces dernières années, il est encore jugé insuffisant pour la SACD. Pour arriver aux 30% de présence féminine dans le secteur de la culture, comme le préconise l'Union Européenne, la mise en place de quotas pourrait s'avérer utile. Mais peu semblent réellement favorables à cette idée, à l'instar de Véra Nikitine. A 30 ans, elle vient d'intégrer la classe d'initiation à la direction d'orchestre au Conservatoire National Supérieur de Paris. Classe qui compte deux femmes pour six étudiants.


Aurélie Filippetti, ministre de la Culture, s'est emparé du sujet avec la création en début d'année d'un observatoire de la parité dans la culture ou encore avec la nomination de plusieurs femmes à des postes de direction d'institutions culturelles. Nominations qui on suscité de vives critiques. La sénatrice communiste Brigitte Gonthier-Maurin a présenté un rapport sur la parité dans le secteur de la culture. Elle recommande notamment que soit fixé comme objectif la proportion d'au moins un tiers de femmes dans les administrations culturelles ainsi que la partié systématique dans les commissions, jurys et comités existant dans toutes les disciplines.

Chiffres clés de la saison 2013/2014 (Source "Où sont les femmes" de la SACD)

  • 17 femmes chefs d'orchestre sur 574
  • 42 femmes solistes instrumentistes sur 271
  • 181 metteuses en scène sur 730