Musique et santé : la musicothérapie et la maladie d’Alzheimer

le 21 Septembre 2015
Musique et santé : la musicothérapie au service des patients atteints de la maladie d’Alzheimer

L’exposition du cerveau à la musique sollicite des circuits neuronaux très complexes. Chez les patients atteints de la maladie d’Alzheimer, la musique permet de réactiver les capacités résiduelles de la mémoire avec des résultats surprenants. Explications avec Hervé Platel, professeur de neuropsychologie à l’Université de Caen.

Depuis une vingtaine d’années, l’évolution des techniques de neuro-imagerie permettent d’identifier précisément les effets et les modifications que la musique peut provoquer dans notre cerveau. Hervé Platel est l’un des premiers à avoir identifié les réseaux cérébraux impliqués dans la perception et la mémorisation de la musique, et notamment sur les patients atteints de la maladie d’Alzheimer :

«La musique capte facilement notre attention : dès qu’il y a de la musique dans l’environnement, le cerveau se synchronise très naturellement . Les voies d’entrée de la musique dans le cerveau sont beaucoup plus complexes que celles de la parole, par exemple, et sollicitent différentes régions cérébrales : la musique stimule, relaxe, calme la douleur, mais a aussi la capacité d’augmenter la plasticité du cerveau et de provoquer les modifications au  niveau des connections synaptiques. » 
 
La musique active des zones beaucoup plus étendues dans le cerveau, et sollicite les deux hémisphères. Par conséquent, les régions qui ont subi d’importantes lésions provoquées par la maladie d'Alzheimer peuvent être compensées par d’autres, préservées. L’écoute de la musique agit également sur les émotions et  a un effet stimulant sur la production de la dopamine :

« Chez les patients atteints de la maladie Alzheimer, la simple exposition à la musique permet de les sortir de la léthargie parce qu’elle active les circuits de la récompense. »
 
Ainsi les patients arrivent-ils à se souvenir des mélodies anciennes, mais ce qui est encore plus surprenant pour les chercheurs, l’exposition à la musique  permet aux patients d’activer les capacités d’apprentissage qu’on croyait perdues :
 
« Chez les patients avec lesquels l’on pratique la musicothérapie, on s’est aperçu qu’elle réussit à activer les capacités résiduelles de la mémoire : alors que l'on a l'impression d'avoir les patients qui n'ont plus aucune mémoire, ils arrivent à retenir les mélodies nouvelles et sont capables de les reproduire, même s’ils n'en mémorisent pas les paroles. »
 
Pourtant, la musique ne guérit pas :

«Dans le cadre des maladies neuro-dégénératives - du type Alzheimer - la musicothérapie va en effet retarder les effets de la maladie, mais elle n’a pas d’impact sur la guérison en elle-même, elle ne pourra pas créer les circuits de compensation durables. » Dans une contexte où pour l'instant aucun traitement ne peut guérir la maladie, le lien social reste un élément clé pour améliorer le quotidien des malades. « La progression de la maladie est malheureusement inévitable, mais la musicothérapie apporte un sentiment de bien-être et améliore leur qualité de vie, et cela est indiscutable.  »

► En 2013, l'Inserm a initié la réalisation de la série Les allegros d’Alzheimer pour comprendre l'influence de la musique sur le cerveau, que vous pouvez visualiser ici. 
 
 

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