Les films sur la musique classique, d’Amadeus à Tous les matins du monde

le 02 Avril 2014
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De nombreux films ont pour sujet la musique classique. Si certains, comme Amadeus, sont mondialement connus, d’autres n’ont pas eu le même succès... Panorama.

« Musique classique et cinéma » : lorsque ces deux termes sont associés, c’est bien souvent pour souligner les liens qui les unissent et les couples mythiques (Ainsi parlait Zarathoustra de Strauss dans 2001, l’Odyssée de l’espace, la Symphonie n°5 de Mahler dans Mort à Venise…), bien plus que pour parler du cinéma ayant pour objet la musique classique.
 
Une fois ce thème abordé, que voit-on ? Le plus connu : Amadeus de Milos Forman, au succès planétaire, le plus poétique : Tous les matins du monde, d’Alain Corneau,  deux chênes majestueux qui cachent une forêt de films, plus ou moins originaux, plus ou moins oubliés, dont l’objet est un compositeur (Mahler de Ken Russell, Ludwig van B. de Bernard Rose…), une œuvre (La Belle Meunière de Marcel Pagnol et Max de Rieux), ou encore un interprète (Taking Sides, le cas Furtwängler d’Istvan Szabo).
 
Alors qu’Amazon propose une série intitulée « Mozart in the jungle », voici une petite liste non-exhaustive de ces initiatives, regroupées en trois catégories : les films légendaires d’un côté, ceux dont tout mélomane a au moins entendu parler ; les échecs commerciaux d’un autre, ceux qui voulaient vraiment plaire, mais n’ont pas réussi. Enfin, une dernière catégorie pour les OVNI cinématographiques, films inclassables au goût parfois douteux, à la frontière entre génie et « nanar ».

Les films légendaires

légendes

La musique baroque a été particulièrement gâtée par le cinéma, grâce à deux films légendaires : Chronique d’Anna Magdalena Bach, de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, et Tous les matins du monde, d’Alain Corneau.
 
Le premier, réalisé en 1967, est une mise en scène de la vie de l’épouse de Jean-Sébastien Bach, d’après La Petite chronique qui lui fut faussement attribuée. Outre la qualité artistique du film, et la succession de plans fixes qui le compose, la Chronique d’Anna Magdalena Bach se distingue par ses acteurs : le personnage de Jean-Sébastien Bach est interprété par Gustav Leonhardt, et le Prince von Anhalt-Köthen n’est autre que… Nikolaus Harnoncourt.
 
Plus récent (1991), et plus célèbre, peut-être, que la chroniqueTous les matins du monde évoque la vie du compositeur Marin Marais (joué par Gérard et Guillaume Depardieu) et ses relations avec Monsieur de Sainte-Colombe (Jean-Pierre Marielle). Le film, qui a attiré plus de 2 millions de personnes dans les salles de cinéma en France, et a remporté sept Césars (dont celui du meilleur film), a nettement participé à la connaissance de la viole de gambe, et à la notoriété de son interprète, Jordi Savall.
 
Avec 8 Oscars (dont celui du meilleur film), et une quarantaine de prix au total, Amadeus de Milos Forman est sans aucun doute le film ayant pour objet un compositeur le plus célèbre de l’histoire du cinéma. Malgré les très grandes libertés prises sur la réalité, Amadeus a eu le mérite de transformer la vie de Mozart en une quasi-épopée, et de donner un visage (et un rire) au compositeur. A sa sortie en France, le film a attiré plus de 4,5 millions de personnes dans les salles de cinéma.
 
Evocation cinématographique  (très librement romancée) de la vie de George Gershwin, réalisée en 1945 par Irving Rapper (Les aventures de Mark Twain, Marjorie Morningstar…) avec Robert Alda dans le rôle du compositeur, Rhapsody in blue (sorti en France sous le titre Rhapsodie en Bleu) fut le premier « American classic »  à prendre pour sujet la vie d’un compositeur. C’est aussi le premier succès commercial (après l’échec de Fantasia en 1940) pour un biopic sur un compositeur.

Les échecs commerciaux

echecs

 
Hugh Grant en Frédéric Chopin ? Une figurante de télé réalité en Anna Magdalena Bach ? Stéphane Bern en Louis II de Bavière adorateur de Wagner ? Loin du succès des films cités ci-dessus, certains longs-métrages ne sont pas restés dans les mémoires, malgré parfois beaucoup de bonne volonté.
 
Tel est le cas de la romance stéréotypée entre Frédéric Chopin (Hugh Grant !) et George Sand (Judy Davis) dans le film Impromptu, de James Lapine (1991), où fleurs et jardins rivalisent avec des envolées chromatiques plus ou moins douteuses. Mais tel est le cas aussi, et surtout, de Vivaldi, « un prince à Venise », qui fait appel à Stefano Dionisi (célèbre pour son interprétation de Farinelli), à Michel Serrault, et à Michel Galabru, pour un résultat en deçà des espérances.  « Un des pires nanars » selon Le Monde, « Ce n’est pas Mozart qu’on assassine, mais Vivaldi » pour Le Nouvel Observateur ; les critiques n’ont pas été des plus tendres…
 
Le réalisateur de ce Vivaldi, Jean-Louis Guillermou, ne rencontra d’ailleurs pas plus de succès avec Il était une fois Jean-Sébastien Bach, ni avec Celles qui aimaient Richard Wagner. Dans le premier, Christian Vadim joue Bach au côté d’Elena Lenina, plus célèbre pour ses participations aux émissions de télé réalité (comme « Nice People ») que pour ses talents d’actrice. On remarque aussi dans ce film une (très) libre interprétation des Cantates de Leipzig chantées par un chœur de femmes... Quant à Celles qui aimaient Richard Wagner, où Jean-François Balmer campe un Wagner entreprenant, on y note la participation mémorable de Stéphane Bern en Louis II de Bavière, et de Roberto Alagna en Joseph Tichatschek, le tout dans une production indéfinissable (si ce n’est par Jean-Marc Proust dans sa critique pour Slate).      

Les OVNI

ovni

 
La quasi-totalité du travail du réalisateur Ken Russell entrerait dans cette catégorie : certains parce qu’ils sont déjantés, d’autres parce que, justement, ils ne le sont pas. Ses productions cinématographiques : Mahler, Lisztomania, La Symphonie pathétique, ainsi que ses réalisations pour la BBC (Prokofiev -  Portrait of a Soviet Composer, Elgar, Bartok, Debussy, Ralph Vaughan Williams ou encore Elgar : Fantasy of a Composer on a Bicycle) ont pour point commun de retracer la vie des compositeurs, mais sous une multitude de formes différentes.
 
Si les envolées symboliques de La Symphonie pathétique (1969) sont déjà fantaisistes, avec un Tchaïkovski tour à tour acculé et déluré (voir la vidéo de l’Ouverture 1812), le réalisateur se libère dans Mahler (1974). Dans le train qui le ramène à sa dernière demeure, Gustav Mahler se remémore certains passages de sa vie : sa gloire, sa relation avec Alma, son enfance… Les heurts avec Alma, qui danse un french cancan provocant sur le cercueil de Mahler vivant, avant de chevaucher un gigantesque gramophone… Sa conversion au catholicisme, sous forme d’initiation de Cosima Wagner, dans laquelle Mahler devient Parsifal… Un film sans retenue, où la vie du compositeur devient un immense champ d’explorations symboliques  – aussi riches à certains moments qu’absurdes en d’autres.
 
Mahler fut, à bien des égards, un jalon pour mener à la folle apothéose : Lisztomania (1975). L’objet du film est bien la vie de Franz Liszt, divisée, comme pour Mahler, en épisodes, mais cette fois, plus question de conserver la temporalité biographique. Dans Lisztomania, Franz Liszt est une rockstar intergalactique jouée par Roger Daltrey (membre fondateur du groupe The Who), il embrasse les pieds du pape Ringo Starr (le batteur des Beatles)… En Grande-Bretagne, le très sérieux Guardian établissait, à propos de Lisztomania, le verdict suivant : « Un compositeur du XIXe siècle, plus un vaisseau spatial, un Hitler zombie de comédie, le pape Ringo, et un pénis géant : ça sonne bien sur le papier ».

Comme le notait Jean-Marc Proust dans son article : « le biopic musical est un genre difficile où les réussites sont rares (…). Mieux vaut sans doute profaner les idoles, comme l’a fait avec constance Ken Russell (…). Au moins, on sait pourquoi on rit ». Reste donc à attendre patiemment pour savoir si « Mozart in the Jungle » sera une légende, un échec commercial, ou un OVNI…   

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