10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur Jean-Sébastien Bach

le 29 Octobre 2014
Parodie du portrait de Jean-Sébastien Bach - mea 603 380

Saviez-vous que Jean-Sébastien Bach avait fait de la prison ? Qu’il était bon vivant ? Dix (petites) anecdotes sur le Cantor de Leipzig.

Quand on dit « Jean-Sébastien Bach », on pense immédiatement aux Variations Goldberg, aux cantates, à ce portrait sérieux – voire austère – du Cantor de Leipzig tenant en sa main droite une partition. L’image d’un bon vivant est plus rare… Et celle d’un homme qui a fait de la prison encore moins !        
 
Il a fait de la prison
 
On ne sait pas si le compositeur avait la fin du Concerto brandebourgeois n°2 tatoué sur l’avant-bras, ou s’il portait des chaînes en or autour du cou,  mais il est certain que Jean-Sébastien Bach fit près d’un mois de prison (du 6 novembre au 2 décembre 1717) lors de son séjour à Weimar, pour crime de lèse-majesté.
 
Après plusieurs tensions avec le duc Guillaume II, ce dernier refuse à Bach le poste de maître de chapelle de Weimar. Le compositeur doit donc aller chercher fortune ailleurs, et trouve une place de maître de chapelle à Köthen. Mais lorsque Bach demande son congé, le duc Guillaume II le lui refuse. Bach réitère sa demande un mois plus tard et est arrêté, selon le rapport du secrétaire de la cour, « en raison de son entêtement à vouloir obtenir de force sa démission ». Un vrai gangster.
 
Il a été (malheureusement) opéré par le même médecin que Haendel

gravue taylor

Et  pas n’importe quel médecin : le chevalier John Taylor (1703-1772) opéra les yeux de Jean-Sébastien Bach, atteint de cataracte, par deux fois en 1750, puis ceux de Haendel en 1753 avec le même manque de succès. Pire, le Cantor succomba moins de six mois plus tard, affaibli par ces opérations, et Haendel ne recouvra jamais la vue.
 
La description faite de l’opération par un contemporain aide à comprendre le sort des deux compositeurs : « Taylor (…) ôte le cristallin de l’œil en fourrant dans la cornée ou le blanc de l’œil un petit fer pointu d’un demi-pied de long (15-16 cm) ». On comprend pourquoi la cantate BWV36c (« Bondissez de joie ») fut écrite avant l’opération…   
 
Il  faisait fuir ses concurrents
 
Lors d’un voyage à Dresde en 1717, un concours d’orgue fut organisé pour départager le talent d’improvisateur de Jean-Sébastien Bach et de Louis Marchand, célèbre organiste français. Mais la veille du grand affrontement, Louis Marchand se serait glissé dans la chapelle où Bach répétait et, impressionné, aurait fui le duel, prétextant une maladie subite. Bach 1 – Marchand 0.  
 
Il ne faisait pas un boulot facile
 
Être Cantor n’est pas de tout repos. En tant que responsable du chœur de l’église, Bach dirigeait, préparait, enseignait la musique, ainsi que le latin et le catéchisme de temps en temps. Il surveillait même parfois les élèves en étude… Ces charmants petits bambins dont un rapport dit, en 1706, qu’ils  « ne craignent plus leurs professeurs, ils se battent même en leur présence, (...) portent des épées non seulement dans la rue mais aussi dans la classe ».  
 
Il n’était pas aimé par la ville de Leipzig (ou alors ça ne se voyait pas)
 
Si l’on surnomme Bach « Le Cantor de Leipzig », on ne peut pas dire que la ville fut des plus reconnaissantes envers le compositeur. Prompt à lui rappeler ses contraintes (voir ci-dessus), le rapport au conseil de la ville l’épingle régulièrement. En 1723, un conseiller déclare que « le Cantor ne fait rien », en 1730, il est dit qu’il « a été rappelé à l’ordre et admonesté ».
 
A sa disparition, un journal de la ville note mollement « un homme de 67 ans, Monsieur Johann Sebastian Bach, maître de chapelle et Cantor de l’école Saint-Thomas » est décédé, puis précise « Corbillard Gratis ». Mais c’est la veuve de Jean-Sébastien Bach qui fit les frais de l’ingratitude ultime de la ville : alors qu’elle demande le versement du traitement du cantor, elle reçut la somme amputée d’un trop-perçu versé à Bach… Près de 25 ans plus tôt, lors de son installation à Leipzig ! (un déménagement depuis Coethen qui fit l'objet d'une très beau "Moment musical" d'Anne-Charlotte Rémond)
 
C’était un élève absentéiste
 
Dans le portrait que dresse John Eliot Gardiner de Bach, le chef d’orchestre souligne la violence du milieu dans lequel le compositeur passa son enfance. Rivalités entre bandes, élèves brutalisés, actes sadiques… Les effets se firent sans doute ressentir sur la scolarité du Cantor, absent 258 jours sur ses trois premières années scolaires.
 
Il s’est fait frapper par un élève
 
L’épisode, relevé par Michèle Lhopiteau-Dorfeuille (références au bas de la page), illustre la violence ordinaire à laquelle fut confronté le compositeur : alors âgé de 20 ans, Bach comparait devant les autorités d’Arnstadt pour une rixe avec son stagiaire bassoniste, du nom de Geyersbah :
 
« revenant au logis hier soir, il (Bach) a vu six musiciens stagiaires assis sur des bancs de pierre et, alors qu’il passait devant l’hôtel de ville, un instrumentiste du nom de Geyersbach l’a suivi et lui a donné des coups, lui demandant pourquoi il l’avait injurié. Bach lui répondit qu’il ne l’avait pas du tout injurié ».
 
Il aimait le café
 
Le goût de Jean-Sébastien Bach pour le café vient-il de sa fréquentation de l’établissement de Gottlieb Zimmermann, où le compositeur joua régulièrement dans la décennie 1730 ? Connu en Europe depuis le début du XVIIe siècle, le café se répand avec les établissements qui portent son nom, et dont le premier à Berlin ouvre en 1670 seulement.
 
A l’époque de Bach, le café est une mode autant qu’un luxe. Le compositeur lui consacre une cantate (la cantate BWV 211 dite « du café ») dans laquelle une jeune fille explique préférer le breuvage « plus que mille baisers ». On trouve par ailleurs, dans son inventaire après décès, la mention de deux pots à café (un grand et un petit), ainsi que d’un sucrier et de tasses.
 

C’était un bon vivant
 
Si le conseil de la ville de Leipzig ne manqua pas d’épingler régulièrement le compositeur, il faut pourtant noter que Bach bénéficia d’une relative liberté dans cette ville luthérienne, moins stricte que les cités calvinistes.  Comme le note l’article « Alimentation » du Tout Bach (voir références en bas de page) : « Bien que les témoignages sur ce point soient rares, ils semblent convergents : Bach aurait eu un solide appétit », en témoigne une note de frais supérieure aux dépenses de logement pour un seul repas, avec bière et brandy.
 
Le même article note aussi que « Le Cantor se fait chaque année rembourser l’impôt sur la bière, en vertu d’une ordonnance de 1646 créant une franchise pour les employés d’église et d’école ». 
 
C’est sa femme qui aurait composé les suites pour violoncelle
 
C’est du moins la récente théorie d’une musicologue galloise, appuyée sur le travail d’un graphologue, qui affirme qu’Anna Magdalena Bach, la seconde épouse du cantor, serait l’auteur de certaines des plus importantes compositions de son époux.  
 
Anecdotes tirées de :
 
Michèle Lhopiteau-Dorfeuille, Jean-Sébastien Bach, un sacré tempérament, édition le bord de l’eau, 2014.
Bertrand Dermoncourt (dir.), Tout Bach, Robert Laffont édition « Bouquins », 2009
Article La femme de Bach a-t-elle composé les suites pour violoncelle ?
Article Jean-Sébastien Bach, souffre-douleur de ses camarades d’école ?  

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